Dans l’intimité de la rue

À mi-chemin entre le Louvre et les Halles, une femme a élu domicile sur un petit bout de trottoir. Chaque jour c’est le même rituel. En fin d’après-midi, alors que les gens sortent du travail et s’engouffrent dans les rues, elle prépare avec soin son coin de bitume pour la nuit.

Rue du Louvre,  1er arrondissement de Paris : à coté d’un distributeur de la Société Générale, une femme s’active sous le regard étonné des passants. Petite et rondelette, le visage marqué par les années, elle est légèrement vêtue malgré la fraicheur de l’air. Le jour commence à tomber et elle installe, là, sur ce morceau de trottoir sale et froid, un petit campement de fortune : une couverture blanche, un réchaud et la voilà parée pour braver la nuit qui arrive.

Le bord de la fenêtre de la banque fait office de placard, elle y dépose quelques vêtements, peu nombreux. Puis, à l’aide d’un simple bout de bois, elle s’évertue à chasser mégots de cigarettes et détritus de son bout de trottoir, dont on sent l’espace d’un instant qu’il lui appartient. Ou qu’elle se l’est approprié plutôt. Elle balaye le morceau de bitume, lieu de passage incessant de piétons pressés, comme elle balaierait devant sa porte.

Une seule et unique valise est posée à coté de sa maigre couverture, une seule et unique valise pour contenir toute une vie. Comme si fermer les yeux sur la misère empêchait celle-ci de les atteindre, les passants détournent le regard. Cette femme ne mendie pas, à vrai dire elle ne prête même pas attention à ces gens pressés qui passent à coté d’elle sans s’attarder. Tout du moins, ils ne lui prêtent aucune attention jusqu’à ce qu’elle se déshabille et qu’elle offre le haut de son corps, nu, à leurs regards médusés.

Alors que le jour décline et que la nuit s’avance, elle enlève ses vêtements de jour, pour enfiler ses habits de nuit. Une djellaba blanche brodée de motifs dorés fera l’affaire. Elle se tourne alors vers le mur, et faisant fi des coups d’œil que les passants jettent à la dérobée, elle enlève ses vêtements un à un. Son léger pull col roulé d’abord, puis son t-shirt rouge, et enfin son soutien-gorge beige hors d’âge. La chair nue, elle enfile sa djellaba. Elle ne se presse pas, mais frissonne. Il est 19h00 et la rue ne désemplit pas, les voitures klaxonnent et quelques SDF, un peu plus loin, alpaguent les passants. Il est 19h00, et cette femme, ne prêtant guère attention à l’environnement bruyant, s’épluche une banane et se plonge dans un magazine… comme si de rien n’était.

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