L’art funéraire s’expose à Nancy

Nancy, capitale de l’Art Nouveau, accueille, en cette semaine de Toussaint, une exposition du collectif Art Dernier, qui entend valoriser l’art funéraire contemporain.

La Toussaint, cette période faste pour les fleuristes et les pompes funèbres, est l’occasion pour de nombreuses personnes d’aller nettoyer et fleurir les tombes de leurs proches. Des tombes froides, uniformisées, en rang d’oignon, desquelles rien ne dépasse, hormis quelques brins d’herbe folle sur des blocs de granit laissés à l’abandon. Et si les cimetières lugubres étaient en passe de devenir des hauts lieux de la création artistique contemporaine ?

Un collectif de « sépulteurs »

Dans la Galerie Neuf, à deux pas de la prestigieuse place Stanislas, Pierre Aubert et Thomas Hoarau, créateurs de l’association Art Dernier, exposent des œuvres qui redessinent les codes des monuments funéraires. Exit le granit froid et impersonnel, voici venir le verre, l’acier et le carton hydrofuge. Des urnes en céramique, et des miniatures de stèles colorées habillent les murs blancs de la galerie. Sur deux niveaux, les artistes du collectif créé le 1er novembre 2010 proposent aux visiteurs une autre vision de ces demeures éternelles.

Pour Thomas Hoarau, cofondateur de l’association « Un cimetière est conçu aussi pour les vivants, c’est un lieu de vie ». Cet ancien étudiant en Arts Plastiques a rencontré Pierre Aubert, artiste plasticien de Metz lors d’un stage. Pierre, ce « sépulteur » ou « sculpteur de sépultures », intrigué depuis une vingtaine d’années par ce domaine peu exploité dans l’art, a donné à Thomas le goût de l’art funéraire.

Une tombe personnalisable

Pourquoi offrir à ses proches des tombes impersonnelles choisies dans la hâte et la tristesse du deuil ? Pourquoi le « spirituel artistique » ne pourrait-il pas s’exprimer au même titre que le « spirituel religieux » ? La croix n’est pas une obligation, pas plus que la dalle de granit. Quant à la concession, c’est un espace strictement privé, qu’il est possible d’aménager, dans le respect de la décence bien sur. Un passionné de voile pourrait ainsi voir sa tombe ornée d’un trois-mâts en bois, et un métallurgiste reposer sous une dalle de fer forgé. Le champ des possibles est vaste et ces artistes l’ont bien compris. Le collectif entend ainsi faire évoluer les mentalités et les rites, qui, « se construisent et se déconstruisent au fil des générations » selon Thomas Hoarau.

Ce collectif, véritable mouvement artistique, regroupe sept artistes aux techniques variées. Du raku à la métallurgie, de l’ébénisterie à la verrerie, le granit se révèle n’être qu’un reliquat d’une pensée uniformisée que le mouvement Art Dernier entend révolutionner. Tout comme l’Art Nouveau du début du siècle revisitait nos demeures, l’Art Dernier, lui, nous propose de repenser nos toutes dernières demeures. Ces créations, en vente à Nancy du 31 octobre au 6 novembre, seront aussi présentées au Salon de la Mort, qui se tiendra à Paris en avril 2012.

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